L’espace perdu de la sécularité : repenser l’immanence et la transcendance avec Charles Taylor

C. Canullo
2026-01-01

2026
9782766306190
Y a-t-il une dimension ou un « espace » d’expériences humaines qui a été perdu avec l’avènement de l’âge séculier ? Les raisons de répondre par la négative seraient nombreuses, car rien d’essentiel ne semble avoir été perdu. On dirait au contraire que nos sociétés y ont beaucoup gagné, car la sécularité marque, après l’époque médiévale, la séparation en deux sphères autonomes de la religion et du politique, alors que les ingérences de l’une dans l’autre déclenchaient, comme chacun sait, guerres et hostilités. Ce processus de sécularisation a été également l’occasion pour la philosophie et, en général, pour les sciences d’avancer librement et sans contraintes dans la recherche de la vérité. Si quelque chose de significatif a disparu ou a été perdu, c’est peut-être, comme le pensent certains, l’espace que la religion et les croyances occupaient avant l’avènement de cet âge séculier, soit celui de la foi religieuse en tant que telle. Ainsi, l’espace que la sécularité aurait perdu serait, par analogie avec le « paradis perdu », celui qui était autrefois habité par les croyances et, donc, par les croyants et les croyantes. Et pourtant, ce diagnostic, à l’apparence incontestable et « évident », à vrai dire, ne l’est pas, et cela d’abord parce que la « sécularité » a plusieurs significations. C’est pourquoi, afin de souligner comment Charles Taylor a pu contribuer dans L’âge séculier à élucider cette question, il convient d’abord d’esquisser le cadre de la problématique dans lequel son ouvrage s’inscrit. Il suffit de lire A Short History of Secularism de Graeme Smith et les livres de David Martin A General Theory of Secularization et On Secularization. Toward a Revised general Theory, pour avoir un premier aperçu de la complexité de la question. Selon Martin, le religieux est « l’acceptation d’un niveau de réalité au-delà du monde observable connu par la science, auquel sont attribués des significations et des objectifs qui complètent et transcendent ceux du domaine purement humain », et la « sécularité » correspondrait aux tendances qui « peuvent être observées dans la société en ce qui concerne le rôle, le pouvoir et la popularité des croyances et des institutions religieuses ». Par conséquent, s’il est vrai, comme l’a également souligné Martin, que l’âge séculier se caractérise par le rejet de la religion et donc par un choix en faveur de l’irréligion, il faut pourtant également remarquer que rien, dans ce qu’on appelle « sécularité » oblige nécessairement à ce choix – c’est-à-dire au choix contre la religion. Loin d’être le destin inéluctable de la religion, la sécularité découle donc d’une décision « contre » les croyances et les fois. C’est ce que Charles Taylor, à mon avis, a contribué à montrer en identifiant les trois significations de la sécularité, qui sont désormais bien connues et acquises dans ce domaine de recherche.
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Utilizza questo identificativo per citare o creare un link a questo documento: https://hdl.handle.net/11393/375791
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